Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /Mars /2010 10:05

Dans l’histoire de la philosophie, le doute a eu ses heures de gloire, le scepticisme ses héros. De Piron à David Hume, nombreux ont été les pratiquants de l’époché, la suspension du jugement, faute de pouvoir valablement prouver qu’une chose est meilleure qu’une autre. Dans ce domaine, c’est l’incomparable Michel de Montaigne qui fut le plus cohérent, puisqu’il poussa le scepticisme jusqu’à douter de son propre doute. Il adopta une devise, qui depuis fit florès mais qui, surtout, n’entraînait aucune certitude : « que sais-je ? ».


Si le scepticisme revient à la mode, ce n’est hélas pas tant sur le plan philosophique et introspectif de Michel Eyquem, mais sur la scène médiatico-scientifique de l‘évolution climatique. Il est désormais de bon ton d’afficher son doute sur le réchauffement climatique. La fonte des glaces ne serait plus de saison. Triste temps pour les écologistes qui, après avoir mis des années à se faire entendre du grand public, voient, à leur apogée, leur climax diraient les anglophiles, poindre le spectre d’un printemps des climatosceptiques. Que disent-ils, ces scientifiques pironiens ? Qu’il est déjà délicat de prévoir le temps à 5 jours, alors, pensez, à l’échelle de 30 à 50 ans ! Ou encore qu’il y a toujours eu des périodes de réchauffement et de glaciation dans l’histoire de la terre, et que celle-ci, amatrice de douches écossaises, ne s’en serait jamais plus mal portée ! Et qu’importe si, avec ce raisonnement, nous devrions renoncer à planifier nos vacances en juillet faute de certitude qu’il y fera plus chaud qu’en mars ! et qu’importe si les signes de changement apparaissent avec une célérité sans précédent : les écologistes ne seraient que des gauchistes johaniens, annonçant l’apocalypse demain pour mieux prospérer aujourd’hui. Ce qui compte, c’est instiller le doute pour que rien ne change, mettre en place l’époché politico-énergétique. C’est un pari plus risqué que celui de Pascal que celui d’attendre pour voir, puisque le moment venu, peut-être ne verrons-nous plus, faute d’hommes et de moyens. Et l’inertie planétaire, plus puissante encore que l’administration du château de Franz Kafka, ne nous laisserait pas même le temps d’agir avant qu’il n’y ai plus rien.


Nul doute que le doute des climatosceptiques soient plus cartésiens que montaigniens: c’est une figure de style, un artifice argumentaire pour afficher leur certitude, car il est certain qu’ils ne doutent pas une seconde de leur propre conviction…


Par Alex - Communauté : Utopies sociales et progres
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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /Fév /2010 14:27

 

On le sait, l’homme ne dispose que de faibles connaissances tant en physiologie qu’en éthologie. Non content de la révolution qu’il avait opérée dans le règne animal, il poursuivit son ouvrage, faisant ainsi preuve d’une remarquable constance dans l’erreur et la confusion. Ainsi, dans les hauteurs des Pyrénées que Trenet faisait chanter au vent d’Espagne, l’homme confond toujours ours et bouc.

 

Soyons francs, ces boucs pyrénéens ne sont pas nos ours autochtones, béret sur la tête et baguette sous le bras, Lou pedescaou comme le dise les béarnais, mais ces immigrés slovènes qu’on a fait venir il y a quelques années. Et pour être plus précis encore, ce sont les oursons d’immigrés, particulièrement à leur adolescence, qui sont devenus les victimes expiatoires de nos modes de vie et de nos turpitudes. Objet de la vindicte humaine : leur appétence pour le mouton laissé seul des jours entiers dans les alpages, lui qui reste majoritairement végétarien ! Comment lui reprocher de croquer, parfois, une brebis ? Son cousin, pyrénéen de longue date, ferait bien de même, mais les bergers de son secteur partagent la vie de leur troupeau, accompagné, qui plus est, de leur chien Patou. Lou Moussu est alors obligé de se rabattre sur un gibier plus sauvage, qui ne générera toutefois nulle protestation populaire et cynégétique. Ce sont donc bien nos seuls et pauvres descendant de slovènes, venus redonner vie à notre territoire, qu’on accuse, essentialisant leur cruauté et leur inadaptabilité. Toute ressemblance avec d’autres situations que connaîtrait la société française et certains de ses jeunes serait bien évidemment purement fortuite ! Ne croyez pas que les hommes transféreraient sur l’ours leurs propres fautes et les turpitudes de leur mode de vie et de production, que nous serions tous, en sommes, des oursons d’immigrés…. Ce serait bien mal connaître l’humain, et surtout oublier que si l’on chasse le bouc émissaire, c’est pour qu’il ne puisse pas dire que sous cet artifice spécieux, se sont nos fautes qu’il porte, pas les siennes…

Par Alex - Communauté : écologie nature et histoire
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Samedi 13 février 2010 6 13 /02 /Fév /2010 12:52
 


Dans les temps anciens, à l’époque où nul psychanalyste lacanien, et même jungien, ne soyons pas sectaire, ne pouvait louer son oreille attentive pour la modique somme de 60 € afin d’assurer l’épanchement de nos âmes, il n’était pas rare de confier toutes ses tentations, ses écarts, ses méfaits à un animal et, une fois celui-ci chargé de l’ensemble des péchés des villageois, de l’immoler au nom de toutes les coulpes qu’il portait. Sacrifice performatif qui effaçait d’un coup les fautes et leur porteur, qui était dès lors incapable de dénoncer le fallacieux stratagème puisqu’il n’était plus ! Outre le bouc, émissaire traditionnel et biblique, un autre animal a connu et subit encore ce triste sort, l’Ursus arctos, l’ours brun de nos montagnes.

 

Autrefois roi des animaux, craint et vénéré, symbole de puissance et de sagesse, il fut déchu pour asseoir le pouvoir d’une religion nouvellement implantée en Europe, qui souhaitait s’assurer le monopole sur le marché des âmes. L’ancestrale foi en l’ours, que les premiers américains considéraient comme l’ancêtre de l’homme, fut transformée en clown pathétique et grotesque, que l’on faisait danser au prix de mille tortures et qu’on exhibait dans les foires et les marchés. A sa place, la nouvelle religion a installé un animal de paille pourrait-on dire, bien qu’il ne se trouve dans cet état que dans les muséums d’histoire naturelle, un macho des savanes qui passe le plus clair de son temps allongé au soleil pendant que madame, que dis-je, mesdames, travaillent pour lui rapporter sa pitance qu’il accueille d’un long cri primal… Le remplacement est parfois plus cruel que la déchéance elle-même !

 

Mais dans les tréfonds de son âme, pourtant renouvelée par la foi nouvelle, l’homme garda une forme de mauvaise conscience de cette expiation, ou le souvenir irréfléchi de cette royauté, de cette filiation qui nous lie à cet homme sauvage, à Artza, comme le nomme les basques, père d’Arthur et d’Arthémis. C’est sans doute pour cela qu’il lègue à ses enfants, au jour souvenir de leur naissance, ou, symbole plus fort encore, lapsus memoriae, à celui de la naissance du fondateur de cette religion régicide, de magnifiques peluches à l’effigie ursine, pour les aider à passer à l’âge adulte en prenant, peu à peu, de sa force et de sa sagesse. On sait ce que Winnicott dirait de cet artefact, mais on oublie parfois que c’est aussi, au-delà des générations, un lien avec nos ancêtres, un rappel de la place de l’homme dans la nature…

 

Par Alex - Communauté : écologie nature et histoire
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 09:54


S’il est un fait bien avéré dans notre société, dans nos civilisations et jusque dans nos esprits, c’est l’impérieuse nécessité de travailler, de marquer la terre et les hommes de notre passage pour en récolter les fruits, divine et ultime récompense. Il en est ainsi depuis fort longtemps, depuis la nuit des temps diront certains, car le commandement divin est formel, qui sanctionne le péché originel de l’homme, sa volonté de connaître, son insatiable quête du savoir : « tu travailleras à la sueur de ton front ».

 

Dès lors, il est à noter que deux solutions s’offraient à l’homme : soit il trouvait le moyen d’économiser sa sueur, au besoin en diminuant ses besoins, soit, à sueur égale seront-on tenté de dire, il voulait toujours plus, ce qui diminuait le coût de la goutte émise par la glande sudoripare, une manière d’inflation de notre transpiration en somme.

 

Et que croyez-vous qu’il arriva ? L’homme choisit la seconde possibilité pour partir à la quête de la productivité du travail. Et c’est ainsi qu’on le vit labourer, sarcler, biner, désherber, pulvériser, épandre, moissonner, battre tant qu’il put, pour que son épi de blé donne enfin plus de grains, que chaque parcelle donne plus d’épis et, si cela lui avait été possible, mais à cet égard les lois de la physique sont bien ingrates, que chaque champ donnât plus de parcelles.

 

Pour dépasser les limites de la physique et de sa physionomie, on le vit inventer mille machines, soc, charrue, herse, semoir, araire, déchaumeuse, bineuse, faucheuse, moissonneuse-batteuse, ensileuse, désileuse, débardeuse, désoucheuse, andaineur, faucardeur, broyeur, épandeur, pulvérisateur, déchargeur à griffes, transporteur à vis, jusqu’à inénarrable suceuse à grain, gargantuesque absorbeuse de céréales. Et comme cela ne suffisait pas, l’homme appela à son secours chimie et biologie. Après tout, puisque le péché originel avait été commis, puisqu’il avait goûté aux fruits de l’arbre de la connaissance, autant en profiter pleinement, jusqu’à, s’il le faut, en avaler les noyaux… Et le voilà qui arrose copieusement sa terre d’herbicide, de fongicide, de pesticide, de bactéricide, d’azote, de nitrates pour semer de multiples organismes génétiquement modifiés. Et tant pis si cela épuise sa terre et détruit le système écologique qui l’entoure. Seule compte la productivité.

 

Et effectivement, grâce à ces efforts prométhéens, l’homme arrive désormais à produire 20 quintaux de blé par hectare. A côté de cela, le pauvre châtaignier, délaissé dans sa forêt et qui n’a que trop rarement prêté sa bogue aux aspirants-chercheurs du Lépine agricole, produit 4 tonnes de châtaignes par hectare, riche en glucide, en fibres ou en vitamine C. Et cela en enrichissant le sol, en capturant le carbone et en régulant le cycle de l’eau. Certes la productivité semble moindre, mais rapportée à la goutte de sueur produite, et surtout à celle que nous pourrons produire dans 50 ans, la chose est moins certaine. Tout est relatif, aurait dit Albert Einstein. Surtout la productivité…

Par Alex - Communauté : écologie nature et histoire
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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 13:14


C’est fou ce que l’éducation peut faire écrire ! Et je ne parle pas ici de l’élève qui, sous la férule bienveillante de son instituteur, est sommé de raconter par le menu –et sans faute d’accord ou d’orthographe s’il vous plait- la passionnante visite du musée de la coiffe de Blesle. Non, je parle ici de la cohorte innombrable d’instituteurs, de professeurs, de chercheurs, philosophes, sociologues, économistes, historiens, anthropologues ou, même, hommes politiques, qui ne peuvent s’empêcher d’écrire sur le sujet. L’éducation fait recette, surtout chez les derniers cités, qui se croient obligés d’avoir une pensée originale sur le sujet. Certes, il ne l’écrivent pas toujours, cette pensée, parce qu’eux-mêmes ne sont pas suffisamment à l’aise avec l’exercice scriptural, ils se contentent de signer leur livre. Ou juste d’en parler, d’en discourir. Non que leur expression orale soit exempte de fautes de syntaxe, mais parce qu’ils s’y sentent plus à l’aise, débarrassés du poids de l’écrit et connaissant parfaitement l’adage qui veut que si les paroles s’envolent, les écrits restent…


Certes, chez certains élus, et non des moindres, l’éducation s’apparente plutôt à l’exercice d’une discipline militaire couplée à une fascination pour les sermons. Chez eux brille la certitude du « c’était mieux avant », quand un quart seulement de la population accédait au savoir, quand il s’agissait d’abord que l’école permette à quelques uns de gravir les échelons pour que la plus grande masse n’évolue surtout pas. Une discipline et des sermons pour que chacun prenne sa place –et rien que la sienne. Et si l’autorité physique échouait, il restait la morale. Ou inversement.

Ici, comme souvent, la référence au passé est une usurpation de celui-ci, une lecture littérale qui fait fi du contexte social et politique de son élaboration et méprise les avancées qui ont suivit sa mise en œuvre. C’est un intégrisme, au sens plein du terme.


Mais si l’on reprend l’esprit même des fondateurs, si on les écoute vraiment en les dégageant de leur gangue historique, on s’aperçoit que l’éducation est d’abord une capacité à comprendre notre environnement –physique ou social-, à percevoir son impact sur notre personne et à nous donner les moyens d’agir sur celui-là, C’est aussi la volonté de développer notre esprit critique. C’est enfin la possibilité de recevoir l’héritage du passé pour, à partir de lui, créer le présent. Accéder à la princesse de Clèves et à Spinoza pour changer le monde d’aujourd’hui….

 

En définitive, la stérilité du débat actuel sur l’éducation ne reposerait-elle pas sur un abus de langage, ou, plus précisément peut-être, sur une synecdoque qui userait du mot « éducation » là où il n’est finalement question que de « formation » ?
Par Alex - Communauté : VUES DE GAUCHE
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