Dans l’histoire de la philosophie, le doute a eu ses heures de gloire, le scepticisme ses héros. De Piron à David Hume, nombreux ont été les pratiquants de l’époché, la suspension du jugement, faute de pouvoir valablement prouver qu’une chose est meilleure qu’une autre. Dans ce domaine, c’est l’incomparable Michel de Montaigne qui fut le plus cohérent, puisqu’il poussa le scepticisme jusqu’à douter de son propre doute. Il adopta une devise, qui depuis fit florès mais qui, surtout, n’entraînait aucune certitude : « que sais-je ? ».
Si le scepticisme revient à la mode, ce n’est hélas pas tant sur le plan philosophique et introspectif de Michel Eyquem, mais sur la scène médiatico-scientifique de l‘évolution climatique. Il est
désormais de bon ton d’afficher son doute sur le réchauffement climatique. La fonte des glaces ne serait plus de saison. Triste temps pour les écologistes qui, après avoir mis des années à se
faire entendre du grand public, voient, à leur apogée, leur climax diraient les anglophiles, poindre le spectre d’un printemps des climatosceptiques. Que disent-ils, ces scientifiques
pironiens ? Qu’il est déjà délicat de prévoir le temps à 5 jours, alors, pensez, à l’échelle de 30 à 50 ans ! Ou encore qu’il y a toujours eu des périodes de réchauffement et de
glaciation dans l’histoire de la terre, et que celle-ci, amatrice de douches écossaises, ne s’en serait jamais plus mal portée ! Et qu’importe si, avec ce raisonnement, nous devrions
renoncer à planifier nos vacances en juillet faute de certitude qu’il y fera plus chaud qu’en mars ! et qu’importe si les signes de changement apparaissent avec une célérité sans
précédent : les écologistes ne seraient que des gauchistes johaniens, annonçant l’apocalypse demain pour mieux prospérer aujourd’hui. Ce qui compte, c’est instiller le doute pour que rien ne
change, mettre en place l’époché politico-énergétique. C’est un pari plus risqué que celui de Pascal que celui d’attendre pour voir, puisque le moment venu, peut-être ne verrons-nous
plus, faute d’hommes et de moyens. Et l’inertie planétaire, plus puissante encore que l’administration du château de Franz Kafka, ne nous laisserait pas même le temps d’agir avant qu’il n’y ai
plus rien.
Nul doute que le doute des climatosceptiques soient plus cartésiens que montaigniens: c’est une figure de style, un artifice argumentaire pour afficher leur certitude, car il est certain qu’ils
ne doutent pas une seconde de leur propre conviction…
